Depuis quand accompagnez-vous des aidants chez Nouveau Souffle et qu’est-ce qui vous a amenée à travailler sur la maltraitance ?

J’ai rejoint Nouveau Souffle avant le Covid. Cela fait aujourd’hui sept ans que j’y accompagne des aidants. Les sujets de maltraitance ne sont pas là par hasard pour moi. J’ai un fils handicapé à la suite d’une maltraitance condamnée pénalement.

Même après trente ans, il subsiste une forme de sidération, d’incompréhension. Cela m’a poussée à chercher à comprendre, plus qu’à militer. J’explore ce qui se joue, des deux côtés : chez celui qui maltraite comme chez celui qui subit.

Comment définissez-vous la maltraitance dans vos ateliers ?

La maltraitance, c’est le fait de faire mal à quelqu’un, volontairement ou non, par des gestes, des paroles ou par le fait de ne pas agir quand il faudrait. Elle peut arriver une fois ou se répéter, être le fait d’une personne ou d’un groupe. Quelle que soit sa forme, elle laisse toujours une trace visible ou invisible.

Ce qui me semble important, c’est de sortir d’une vision réductrice. On associe souvent la maltraitance à des situations extrêmes. Or, ce qui est le plus fréquent, c’est la violence psychologique. Beaucoup d’aidants vivent dans une forme d’hypervigilance, qui peut laisser des empreintes durables.

Dans certaines situations, cette maltraitance vécue par l’aidant, combinée à l’épuisement, peut aussi conduire, sans le vouloir, à devenir plus dur, impatient, voire maltraitant… C’est alors un cercle vicieux. 

Les aidants identifient-ils facilement ce qu’ils vivent comme de la maltraitance ?


Non, pas du tout. Mettre un mot sur ce vécu constitue déjà une étape importante. Une personne m’a récemment confié : « je n’avais encore jamais vraiment posé ce mot sur ce que je vis ».


Dans l’imaginaire collectif, la maltraitance renvoie à la violence physique. Pourtant, se faire rabaisser, insulter, menacer ou être confronté à des formes d’inaction relève aussi de la maltraitance. Et le fait que cela paraisse « moins grave » rend parfois encore plus difficile le fait de le reconnaître. La maltraitance de l’aidant peut aussi être plus diffuse : elle peut venir de l’entourage, des institutions ou du manque de réponse du système. 

Qu’est-ce qui peut faire basculer vers des situations de maltraitance ?


Il y a souvent une accumulation : une charge que l’on n’a pas toujours choisie, un épuisement, un isolement, un manque de reconnaissance. Beaucoup d’aidants disent : « je n’y connaissais rien », et pourtant ils se retrouvent à porter une responsabilité considérable.
À un moment, la coupe peut être pleine. Il peut alors exister un risque de passage à l’acte. Ce qui est important à rappeler, c’est que chacun peut avoir, à un moment donné, des pensées violentes. C’est humain. La question devient alors : qu’est-ce qui fait que le passage à l’acte a lieu… ou non ? 

Dans les deux cas, on peut parler d’une forme de “virus du lien”. La bascule traduit une dégradation de la relation, qu’elle soit soudaine ou progressive. Quand l’aidé ou l’entourage maltraitent l’aidant, on retrouve chez celui-ci des réactions défensives liées à la culpabilité ou à  l’impuissance par exemple. Il peut y avoir aussi des situations qui  déclenchent des comportements maltraitants. Ce sont, en quelque sorte, des “boutons rouges” à repérer. 

Lorsque l’aidant adopte lui-même un comportement maltraitant, on retrouve souvent une accumulation de tensions et d’épuisement qui finit par fragiliser la relation. 

Quel est le rôle d’un coach face à ces situations ?


Nous ne sommes ni thérapeutes ni spécialistes de la maltraitance. Notre rôle est d’ouvrir un espace de parole, dans un cadre clairement posé. Nous sommes des passeurs.
Nous accompagnons la personne à mieux comprendre ce qu’elle vit, à mettre des mots, à prendre du recul. Et surtout, à faire un premier pas. Cela peut être prendre un rendez-vous, demander de l’aide, poser une limite.


En revanche, nous n’avons pas vocation à traiter la problématique en profondeur. Il est essentiel d’orienter vers des professionnels : psychologues, médecins, médiateurs, travailleurs sociaux… Ouvrir la parole sans proposer de relais serait, en soi, problématique. Notre rôle, c’est aussi d’accompagner la personne vers des relais adaptés, pour qu’elle ne reste pas seule après avoir parlé. 

Y a-t-il des mots ou des phrases que vous utilisez souvent pour accompagner les aidants ?


Il n’y a pas de « phrases toutes faites », mais plutôt des repères. L’idée n’est pas d’appliquer des solutions, mais de construire du sur-mesure. Car chaque situation est unique et chaque vulnérabilité l’est aussi. J’invite souvent à se poser cette question :
« si vous ne faites rien, quel risque prenez-vous pour vous-même, pour votre santé, pour votre entourage ? »

L’enjeu n’est pas la performance, ni le fait d’en faire toujours plus. Il s’agit plutôt de clarifier ce qui se passe et de se protéger. Parfois, le premier pas consiste simplement à oser dire. Et c’est déjà considérable.

Et puis, il y a quelque chose d’important autour de la reconnaissance. Pas une reconnaissance extérieure qui enferme – « vous êtes courageux » -mais une reconnaissance que la personne peut se donner à elle-même. Parfois, le simple fait d’écouter pleinement – les mots que la personne ose dire mais aussi les silences – et de les reformuler permet à l’aidant de prendre du recul sur ce qu’il vit. C’est déjà un grand pas.


En France, on parle encore très peu de la maltraitance vécue par les proches aidants.
Un sujet encore tabou, alors même que l’épuisement, l’isolement et le manque de soutien peuvent fragiliser la relation… et parfois conduire, sans le vouloir, à des situations de maltraitance.

 Cet atelier propose d’ouvrir la réflexion, à partir de situations concrètes, pour :

  • mieux comprendre ce qu’est la maltraitance (y compris dans ses formes invisibles),
  • repérer les différentes sources (personne aidée, entourage, institutions, soi-même),
  • clarifier ce que l’on vit,
  • et identifier des pistes d’action concrètes pour se protéger, poser ses limites et trouver des relais.

Une vidéo pédagogique associée permet également de :

  • découvrir des exemples concrets,
  • mieux comprendre les mécanismes en jeu,
  • et accéder à des ressources et numéros essentiels (dont le 3977).

L’objectif : ne pas rester seul face à ces situations, et permettre aux aidants de faire un premier pas, concret et adapté à leur situation. 

 Prochaines dates

 Accompagnements pris en charge à 100% grâce au soutien de partenaires.
Possibilité également d’un accompagnement individuel.

 Aller plus loin

Retrouvez d’autres ressources (vidéos, webinaires, témoignages, conseils concrets) pour :

  • mieux comprendre la bientraitance / maltraitance
  • faire face à l’épuisement
  • poser ses limites
  • ou entendre d’autres aidants 

Découvrez aussi notre atelier sur la maltraitance envers le proche aidé.