Vous aidez un proche avec une intensité émotionnelle, empathique et perceptive plus élevée que les autres aidants ? Vous êtes peut-être hautement sensible. C’est un trait de personnalité inné, qui concerne 20 % à 30% de la population. Il colore profondément la façon dont on vit son rôle d’aidant. Coach et formatrice chez Nouveau Souffle, Juliette Berthelot nous explique ce que cela change et comment en faire une force.

Depuis quand accompagnez-vous des personnes hautement sensibles, et qu’est-ce qui vous a amenée à travailler cette thématique au sein de Nouveau Souffle ?

J’explore activement le domaine de la haute sensibilité depuis 1997. Dans un premier temps, parce que je suis concernée à titre personnel et familial. Et dans un deuxième temps, parce que de nombreuses personnes sont venues à moi pour identifier ce trait de personnalité, et découvrir comment vivre avec. Depuis 2002, j’accompagne donc des personnes sur cette thématique. 

En 2017, j’ai synthétisé mes 15 ans de recherches empiriques dans un mémoire validé par l’université Paris Assas. Depuis, en sus des coachings, je forme des personnes hautement sensibles et des professionnels de l’accompagnement. Et je suis à l’affût des études scientifiques et cliniques disponibles. 

Proposer à Nouveau Souffle d’accompagner les aidants hautement sensibles s’est imposé naturellement : la haute sensibilité et l’aidance sont deux réalités qui coexistent et ce thème n’a jamais été abordé auparavant.


Une réactivité émotionnelle plus grande


Comment définissez-vous la haute sensibilité ? Est-ce vraiment un trait de personnalité inné, ou plutôt quelque chose qui se construit ?

La haute sensibilité, c’est une façon subtile et intense d’être au monde. Une sorte d’hyper-présence à son environnement, à soi, à ce qui est invisible à l’œil nu. Ce n’est ni un trouble ni une pathologie. 

Elaine Aron, la psychologue américaine qui a fait les premières recherches sur ce sujet dans les années 90, est claire là-dessus : c’est un trait de personnalité inné. Les études cliniques les plus récentes suggèrent qu’environ 47 % de cette sensibilité serait d’origine héréditaire. On la retrouve dans la population humaine, animale et végétale : environ 20 à 30% de chacune de ces populations est dite hautement sensible. Et, contrairement aux idées reçues, autant d’hommes que de femmes sont concernés.

Comment un aidant peut-il savoir s’il est hautement sensible ? Y a-t-il des signes distinctifs ?

La première piste, c’est de remonter dans son histoire. Dès l’enfance, la personne hautement sensible se sentait souvent en décalage, avec une perception du monde un peu différente, riche et nuancée ; habitée d’une recherche de sens, d’harmonie, de beauté… 

La deuxième piste est de repérer si on vit les différentes facettes de la haute sensibilité :

  • Un besoin de temps pour traiter minutieusement les informations sensorielles, ainsi que pour prendre ses décisions,  
  • Une propension à être sur-stimulé, voire à atteindre un état de saturation sensorielle et émotionnelle plus rapidement que les autres,
  • Une réactivité émotionnelle plus grande et plus intense aux situations vécues, aux relations, aux émotions d’autrui. Comme un piano de concert : au moindre déclencheur, la note donne toute sa puissance,
  • Une forte empathie, une difficulté à ne pas se mettre à la place des autres
  • Une très grande acuité des cinq sens. On remarque des détails que les autres ne voient pas, on est impacté par les odeurs, les bruits, les textures,

Il faut cependant distinguer la haute sensibilité et l’épuisement. Une personne peu ou modérément sensible, à force de fatigue, de nuits incomplètes, de charge aidante intense, peut devenir hyper-réactive et avoir le sentiment d’être hypersensible. Elle n’a pas, pour autant, ce trait de personnalité : son épuisement est un signal d’alarme, un besoin urgent de répit.

«La haute sensibilité, c’est une façon subtile et intense d’être au monde. Une sorte d’hyper-présence à son environnement, à soi, à ce qui est invisible à l’œil nu. Ce n’est ni un trouble ni une pathologie. » 

JULIETTE BERTHELOT

Vous dites que la haute sensibilité peut être une force dans le rôle d’aidant. Quelles sont ces forces, et où se situent les fragilités ?

Les personnes hautement sensibles écoutent finement, elles font preuve d’empathie, elles s’ajustent avec précision à ce que vit leur proche dépendant. Elles captent des signes que les autres ne perçoivent pas, ce qui est précieux, notamment pour accompagner quelqu’un qui ne peut plus exprimer ses besoins verbalement. Leur cerveau traite les choses en profondeur, elles connaissent bien les sujets qu’elles abordent.

Mais cette même intensité peut peser lourd. Elles se fatiguent plus vite, parce qu’elles vivent tout avec beaucoup plus d’intensité que la moyenne des gens. Elles ont tendance à être tellement concentrées sur leur proche qu’elles oublient leur propre équilibre. Leur empathie peut glisser vers une sur-empathie, un oubli de soi. Et leurs qualités – le soin du détail, l’engagement, la loyauté – peuvent basculer dans le perfectionnisme ou l’obligation, sans qu’elles s’en rendent compte.

Y a-t-il une urgence particulière à accompagner les aidants hautement sensibles ?

Environ 5 % de la population serait à la fois aidante et hautement sensible. C’est une estimation construite à partir des chiffres disponibles, faute d’études spécifiques sur ce croisement. Ce sujet n’est traité nulle part ailleurs. 

Dans mes accompagnements au sein de Nouveau Souffle, je constate deux choses : un épuisement plus rapide et plus intense chez ces personnes, et une difficulté à poser leurs limites par excès d’empathie ou de loyauté. Or, on sait que 33 % des aidants décèdent avant la personne aidée, notamment par épuisement. Les aidants hautement sensibles sont encore plus exposés. Et quand l’aidant accompagne en plus une personne manipulatrice – 2 à 4 % de la population- , son énergie intérieure peut être littéralement vidée. L’épuisement arrive alors très rapidement.


Cohérence cardiaque, acupuncture et huile essentielle


Quels conseils concrets donnez-vous aux aidants hautement sensibles pour ne pas s’épuiser ?

Trois axes. D’abord, créer des rituels de calme au quotidien : le système nerveux des personnes hautement sensibles a besoin de temps pour désaturer et s’apaiser, et leur cerveau a besoin de temps pour assimiler les nombreuses informations perçues. Il est donc nécessaire de s’immerger régulièrement dans un environnement calme : marcher dans nature, ou encore s’allonger quelques minutes sans téléphone peuvent faire une vraie différence. 

Ensuite, adapter son environnement : réduire les stimulations sonores, visuelles, relationnelles autant que possible. Et enfin, vivre ses qualités de manière ajustée : s’arrêter parfois et se demander 

  • « Est-ce que je fais cela librement, ou par obligation ? ». La loyauté et le soin sont de belles qualités, mais l’obligation prive de liberté.
  • « Est-ce que mon empathie, mon ouverture à l’autre sont ajustées ? Ou bien me font-elles basculer dans une relation d’aidance déséquilibrée, où seul l’autre compte et je ne m’y retrouve pas ? »

Concernant les émotions trop amples, il existe des outils concrets, notamment : la cohérence cardiaque (inspirer 5 secondes, expirer 5 secondes, pendant 5 minutes, trois fois par jour), l’EFT –  une technique de libération émotionnelle par tapotement de points d’acupuncture-, ou encore l’huile essentielle de Petitgrain Bigarade, un anxiolytique naturel (consultez un professionnel avant usage). L’idée, c’est de « dégonfler le ballon » pour pouvoir ensuite écouter ce que l’émotion a à nous apprendre.

« Nous regardons comment vivre son rôle d’aidant de manière ajustée : exercer ses qualités pour son proche, mais aussi pour soi, sans s’oublier.» 

 JULIETTE BERTHELOT

Qu’est-ce qu’on peut attendre de votre atelier ? À qui s’adresse-t-il ?

L’atelier s’adresse à toutes les personnes aidantes qui pensent ou supposent être hautement sensibles. Dans une première partie, nous explorons ce qu’est la haute sensibilité et comment l’identifier chez soi en particulier, clarifier si ce que je vis est lié à l’épuisement ou constitutif de ma personnalité. Dans une deuxième partie, nous regardons comment vivre son rôle d’aidant de manière ajustée : exercer ses qualités pour son proche, mais aussi pour soi, sans s’oublier.

Et à ceux qui hésitent à s’inscrire par crainte que cela réveille des choses difficiles : la haute sensibilité, c’est neutre. Ce n’est ni bien ni mal, c’est à connaître. Comme quand vous conduisez une voiture. Si on vous donne une Ferrari, il vaut mieux comprendre son mode d’emploi avant de prendre le volant.


À découvrir : l’atelier « Être hypersensible et aidant »

Vous êtes aidant et vous vous demandez si vous êtes hautement sensible ? Cet atelier propose d’explorer cette question à partir de situations concrètes, pour mieux comprendre votre sensibilité et l’intégrer dans votre quotidien d’aidant.

L’atelier propose de :

  • Identifier si vous êtes hautement sensible (ou si votre réactivité est liée à l’épuisement)
  • Comprendre l’impact de la haute sensibilité sur votre rôle d’aidant
  • Tirer parti de vos qualités sans vous épuiser
  • Des outils concrets pour protéger votre équilibre au quotidien

Une vidéo pédagogique associée vous permet de :

  • Découvrir des exemples concrets de manifestations de la haute sensibilité
  • Mieux comprendre les enjeux spécifiques pour les aidants
  • Accéder à des ressources pour aller plus loin (lectures, questionnaires, études)

Prochaines dates

Accompagnements pris en charge à 100 % grâce au soutien de partenaires. Possibilité également d’un accompagnement individuel.

Aller plus loin

Questionnaires pour commencer à identifier votre hypersensibilité :

  • Questionnaire d’Elaine Aron (en anglais sur hsperson.com , traduction française sur leshypersensibles.ch)
  • Test Haute Sensibilité de l’Observatoire de la Sensibilité sur lasensibilite.com

Suggestions de lectures :

  • « Hypersensibles : mieux se comprendre pour mieux s’accepter » — Elaine Aron
  • « Je pense trop » — Christel Petitcollin (pour les personnes hypersensibles et HPI)